Présentation et sommaire

Les Plumes Sauvages ont trouvé un nouveau nid depuis le 30 mars 2009.
Ce site a initialement été créé le 21 octobre 2005.
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Pour marcher "Dans les pas de Roanne", c'est par là !
Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22 "Ces choix qui n'en sont pas"


   


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Mardi 10 février 2009

Dans les pas de Roanne - Chapitre 22 "Ces choix qui n'en sont pas" - Partie 5 - Tous droits réservés -


Par chance D’Etressange insiste encore une fois sur le fait que tout s’est bien terminé. Il fait alors une pause avant d’enfoncer le clou, notant qu’il semblerait que dans toute cette histoire nous ayons profité d’une chance insolente. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il nous cherche, qu’il essaye de nous froisser pour voir nos réactions. Mais nous restons de marbre et Maître Habertii monte au créneau :

« Monsieur le Chancelier, je suis pour ma part entièrement convaincu de la justesse de vos paroles. Signifient-elles que nous aurons un soutien officiel de la chancellerie si une nouvelle créature est repérée ?

— En effet, c’est à cela que je veux en venir. Je suis persuadé que vous avez bien fait en agissant avec discrétion, ceci-dit il faudra plus de moyens si un pareil cas se représente, afin de gagner en vitesse et en efficacité. On ne peut plus prendre le risque de voir des Gardes Royaux grièvement blessés, encore moins des civils s’il faut de nouveau que des personnes possédants le Talent soient présentes. »

Son regard a tout d’abord effleuré Arthus dont il sait que la blessure de cet hiver n’était pas bénigne, pour ensuite se poser sur moi. Je ne bronche pas et je laisse la discussion se poursuivre. Connaissant mieux le Chancelier et ses ambitions depuis nos rencontres de l’été, j’ai conscience de ce qu’il est en train de faire : il montre sa volonté d’être informé de la mise en place de toute nouvelle opération. Je crois qu’il désire avoir la main mise sur des décisions à ce niveau, tout en montrant une fois encore son intérêt pour le fonctionnement de la Garde Royale. Ce manipulateur se sert de cette histoire pour étendre son réseau et pour s’immiscer au nom de la chancellerie dans la politique des Élus et de l’institution qu’il convoite. Cet homme me fait penser à ces pousses de lierre qui reviennent sans cesse, même quand on tente de les arracher, inexpugnables et envahissantes.

Lorsque nous quittons l’Université pour déjeuner, il est d’ailleurs le principal objet de conversation. Maître Habertii et Arthus sont furieux mais prennent sur eux. Il ne reste qu’une chose à souhaiter, je ne leur cache pas : qu’aucune autre créature ne se soit réveillée avant notre intervention. Je n’en dis pas plus, il faut que je revienne auprès d’Hadrien pour préparer avec lui mes tâches pour le reste de la semaine. L’après-midi passe vite, je rejoins ensuite la Garde Royale pour travailler Artiste, puis je rentre en compagnie d’Arthus. Nous nous vengeons de la mauvaise surprise du matin sur les mauvaises herbes dont nous arrachons et taillons une quantité impressionnante.

 

4ème jour du neuvième mois

 

À la fin de ma journée de travail, je ne me rends pas à la Garde Royale. C’est plus fort que moi : je passe chez Oedun pour lui donner des nouvelles et lui reporter les échanges de la veille. Il est censé s’être rendu dans l’est pour raisons personnelles et avoir chevauché en notre compagnie, au retour, uniquement pour le côté pratique d’un voyage en groupe. Avant-hier nous n’avons même pas mentionné sa présence, à aucun moment, mais D’Etressange l’a rencontré aux repas du château.

J’ai passé les deux dernières journées dans le bureau d’Hadrien pour me familiariser de nouveau avec le classement des dossiers. J’ai aussi pris le temps de voir où en est la restauration des ouvrages des archives que j’avais confiés aux collègues dont c’est la spécialité. Je crois que je vais pouvoir leur en monter d’autres. Ils ont fait du bel ouvrage. Demain, enfin, je travaillerai un peu à la bibliothèque, ce qui me permettra de bavarder avec Lison, tout en essayant d’éviter Constance qui est toujours aussi aigrie. Il aurait été naïf de ma part de penser qu’elle puisse changer de comportement au cours des trois dernier mois. Dans tous les cas c’est une dernière journée de travail sous forme de détente qui m’attend, je ne m’en cache pas, en attendant je fais profiter Oedun des nouvelles que j’ai à lui fournir. Au final, c’est lui qui me demande comment je m’en sors. Je ne peux retenir un soupir avant de me confier.

« Je t’avoue que ce n’est pas facile. J’ai l’impression de passer mon temps à réfléchir à ce qui doit ou non sortir de ma bouche. En fonction de chaque personne je dois accommoder mes réponses. Ce n’est pas simple du tout, je n’ai au fond aucun choix. Aujourd’hui même, Dame Arsinoe a tenté avec une grande subtilité de me faire parler d’avantage de l’accroc que nous avons réparé dans la trame. Je lui ai dit qu’elle n’en saurait pas plus de ma part, même si cela devait me coûter ma place à la bibliothèque. Elle m’a regardé d’un air étrange mais n’a rien ajouté.

— C’était peut-être un test de sa part, elle sait ainsi que tu connais exactement les limites que tu n’acceptes pas de franchir.

— Peut-être. J’espère surtout qu’elle n’y reviendra pas, mais je me demande si elle n’en apprendra pas plus que je ne le souhaite par l’orientation que je donnerai à mes recherches. J’aimerais tellement étudier davantage le mythe des Trois Dragons, Oedun ! En tout cas, elle m’a confirmé que les sceaux que nous avons trouvés sur les Aberrations sont en sûreté, Sieur Hunaud s’en est chargé en personne. Je t’avoue que j’ai eu peur un moment que D’Etressange ne parvienne à mettre la main dessus, tu aurais vu son expression quand Thraec a montré celui que nous avons rapporté !

— C’est étrange, pourquoi le Chancelier s’intéresserait-il à ces objets ?

— Il ne faut en aucun cas le sous-estimer Oedun, je suis persuadée qu’il en sait beaucoup. Il m’a sous-entendu plus d’une fois que sa famille possède une bibliothèque impressionnante, je t’avoue que je me suis demandée si certains ouvrages qui auraient pu m’aider ne sont pas chez lui. Même s’il est aussi un maître des illusions et de la manipulation, je n’arrive toujours pas à le considérer comme quelqu’un de banal. Il suffit de voir comment il a retourné toute cette histoire à son avantage pour pouvoir se mêler des affaires internes de la Garde Royale. J’espère toutefois qu’il ne sera pas mis au courant de ce que nous avons fait ces dernières semaines.

— Il s’en doute, nous le savons pertinemment. Je ne serais pas étonné qu’il en sache beaucoup même à ce niveau. Nous devons nous protéger Roanne, promets-moi de faire attention de ton côté. Son aura est très particulière et je t’assure que ce n’est pas le genre d’homme que je sous-estime, pour ma part.

— Oui, j’ai remarqué ce fait. Il a une aura… puissante.

— Il y a une pourtant une personne dont tu es proche qui lui ressemble beaucoup, je crois donc que tu es bien protégée. Tu devrais filer d’ailleurs si tu ne veux pas qu’il s’impatiente.

— D’accord, mais si tu es contacté par Laus, tu me tiens au courant, d’accord ? Niña me manque, j’aimerais avoir de leurs nouvelles.

— Si tu peux, passes dans deux jours en milieu d’après-midi, je serai présent et Laus viendra peut-être me rendre visite. Arthus est évidemment le bienvenu. »

Consciente d’avoir laissé passer l’heure, je ne m’attarde pas et je me rends aussi vite que possible auprès de mon alezan. Cependant les dernières paroles d’Oedun me perturbent. Beaucoup.

 

5ème jour du neuvième mois.

 

J’aide Lison à reclasser des livres à leur place avec la désagréable impression d’avoir perdu le peu que j’avais appris au printemps. De nouveau, je dois me familiariser avec les différents niveaux de la bibliothèque. Nous faisons une longue pause pour le déjeuner avec d’autres collègues, tous très curieux d’en savoir davantage sur ma longue absence. Je leur offre un discours convenu que j’ai mis au point avec Hadrien ces derniers jours. Mon travail dans son bureau n’avait pas uniquement pour objectif de l’aider à classer certains dossiers.

Cet après-midi je suis déjà un peu plus à l’aise dans les rayons et je m’isole pour me débrouiller seule avec un lot d’ouvrages. J’ai bien du mal à me concentrer car le temps est magnifique et Arthus m’a promis de m’emmener au bord du lac en fin d’après-midi. Il souhaite que je reprenne mes leçons pour apprendre à nager et tient à me faire profiter de sa propre expérience. Dans tous les cas, j’ai hâte de le rejoindre. De temps en temps je croise le lutin Pax et nous nous faisons des clins d’œil complices, il lui arrive de m’aider lorsque je ne parviens pas à placer un livre au bon emplacement. Si le Petit Peuple incarne la mémoire qui nous fait défaut, Pax incarne l’esprit de la bibliothèque, il la connaît par cœur. Prise d’un doute, je me dis que s’il est présent, Paulin n’est peut-être pas très loin. En effet, je le trouve alors qu’il étudie devant les grandes verrières.

Il n’y a aucune oreille indiscrète autour de nous à cette heure la journée, d’autant plus calme que c’est la fin de semaine. Je m’assois donc à ses côtés pour lui parler de ces quelques semaines où nous sommes partis chacun dans une direction.

« Comment ça s’est passé de ton côté ?

— Bien ! Les Gardes Royaux que j’accompagnais connaissaient leur affaire. Côté Chasseurs nous en avions deux qui étaient comme ton ami Thraec, simples et fiables, par contre les autres... »

Il monte les yeux au ciel et je me retiens d’éclater de rire. Je me souviens des regards lubriques dont nous avons fait l’objet avec Viviane. Je n’ose pas employer le terme qui me vient à l’esprit mais je comprends parfaitement le jeune Érudit : j’imagine qu’il a été contraint de subir des conversations bien grasses, de celles que j’ai moi-même dû entendre dans la taverne de mes parents. De toute évidence, ce n’est pas son style.

Je lui raconte à demi-mot que j’ai terminé de mon côté ce que nous avions commencé. Il est au courant car Dame Arsinoe lui en a parlé, il sait très bien que le discours tenu lors de la réunion du début de semaine n’était que de la poudre aux yeux. Je lui confirme cependant le rôle important de Thraec, mais aussi d’Oedun qu’il connaît à peine mais avec lequel j’espère qu’il pourra faire plus ample connaissance à l’occasion.

« Paulin, il faut que cela reste entre nous, impérativement. De toute façon le Petit Peuple veille, il est inutile de tenter de le tromper. Mais j’ai changé cet été, mon Talent a évolué. »

J’approche la main d’un globe lumineux qui aussitôt réagit. Paulin me regarde alors, surpris, puis m’affirme :

« C’est donc pour cela que ton aura est si particulière ? »

La bouche soudain sèche, je lui demande où il a passé la nuit du dernier solstice :

« Comme toi j’imagine ? Avec des lutins à danser et chanter autour d’un artefact communautaire ?

— Il faut qu’on discute sérieusement, ça change tout.

— Oui, mais pas ici, tu aurais du temps libre demain ? »

Nous décidons de nous voir chez Oedun, je suis bien décidée cette fois-ci à ce que ces deux-là se rencontrent. J’explique au jeune Érudit comment se rendre chez le poète puis je le salue avant de retourner à mon travail. Je croise le regard plein de mesquinerie de Constance mais je m’en moque éperdument, j’ai encore le droit de discuter avec un collègue que je sache ! De toute façon je suis perturbée par des choses bien plus importantes.

Une fois dans mon rayon je me remets au travail, me contraignant à oublier ce que je viens de découvrir pour ranger avec autant d’efficacité que possible une pile de livres que Lison a ajoutée à celle que je n’avais pas terminée. L’après-midi touche à sa fin, je ne vais pas tarder à m’en aller, lorsque je sens une présence près de moi. Je n’ai même pas besoin de me tourner dans sa direction pour souhaiter le bonjour à mon visiteur, trahi par son aura qui n’échappe pas à mon autre vision.

« Bonjour Chancelier, vous désirez un nouvel ouvrage ? »


suite
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Publié dans : Dans les pas de Roanne - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve - Recommander
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