Présentation et sommaire

Les Plumes Sauvages ont trouvé un nouveau nid depuis le 30 mars 2009.
Ce site a initialement été créé le 21 octobre 2005.
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Pour marcher "Dans les pas de Roanne", c'est par là !
Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22 "Ces choix qui n'en sont pas"


   


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Mardi 17 février 2009

Dans les pas de Roanne - Chapitre 22 "Ces choix qui n'en sont pas" - Partie 6 - Tous droits réservés -


Lorsque je relève enfin mon visage dans sa direction, je ne peux m’empêcher de sourire car pour une fois c’est lui qui se montre surpris par mon accueil. C’est un exploit en soi mais son propre rictus devient presque carnassier lorsqu’il me répond :

« Je crois en effet que j’aurais de nouveau besoin de conseils avisés.

— J’imagine pourtant que ce n’est pas ce que vous êtes venu chercher.

— Je serais tenté de répondre que vous me croyez plus fourbe que je ne suis mais je ne crois pas qu’il soit utile que nous continuions ce jeu.

— Un jeu dont vous fixez les règles depuis le départ. Si vous cherchez à vous servir de moi pour atteindre la Garde Royale en générale ou Arthus de Montay en particulier, je préfèrerais autant que nous en restions là et que vous vous rapprochiez d’une autre bibliothécaire. »

J’ai conscience que c’est dangereux de ma part de me montrer aussi cassante mais je préfère qu’il sache que j’ai un avis sur ce qu’il a fait en début de semaine et que je le désapprouve.

« Roanne, je suis désolé que vous preniez si mal ce qui s’est passé, vous êtes bien placée pour connaître certaines de mes ambitions. Je vous assure cependant que la personne que vous avez citée n’a rien à voir dans cette histoire. Je suis venu pour vous parler en tête-à-tête car c’est visiblement dans les lieux publics que j’ai le plus de facilité à vous rencontrer.

— Ce n’est pas faux…

— J’ai une seule question à vous poser et je souhaiterais avoir une réponse sincère, un oui ou un non, que je sache ce qu’il en est vraiment.

— Quelle est cette question ?

— Êtes-vous parvenue à refermer la trame ? »

Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi précis et direct. Je reste quelques instants hébétée, à hésiter : faut-il nier en bloc, faire celle qui ne comprend rien à rien ou lui répondre ? Il ajoute alors, achevant de mettre à bas mes défenses :

« À votre réaction je vois que vous savez de quoi je parle. Je me suis toujours douté que vous aviez un potentiel mais j’ignorais si vous sauriez l’utiliser. Je vous répète ma question Roanne de Niwerand, la trame est-elle de nouveau indemne ?

— Oui. »

Je n’ajoute rien, si je me croyais perturbée après ma discussion avec Paulin, ce n’est rien comparé à l’abattement et à la panique qui sont maintenant les miennes. D’autant que le Chancelier reste impassible, peut-être même se retient-il de montrer à quel point il savoure ma confusion. Je me reprends car je ne dois pas laisser échapper le moindre détail mais intérieurement je crie au secours, je me sers de mon autre sens pour chercher Paulin qui est toujours studieux, installé à sa table. Mon vis à vis reprend la parole et je me force à l’écouter avec attention :

« Je savais que vous n’étiez pas restée inactive entre mes deux séjours à Montay bien que je ne sois pas parvenu à en acquérir la preuve. Votre hâte de revenir à Aleenor vous a cependant trahie, mais ce n’est pas grave en soi. Vous venez de me donner la seule réponse dont j’avais besoin.

— Tout dépend de l’importance que vous lui accordez.

— Certes, mais je ne crois pas que nous ayons un avis divergeant sur le sujet.

— Vous savez qu’il est illusoire de me le demander.

— En effet. Comme je vous l’ai déjà dit, je regrette que le plus jeune fils Montay vous ai dressée contre moi. Son aîné est loin d’être aussi obtus. En même temps, qu’il le veuille ou non, Arthus et moi partageons des points communs. Je ne vous demanderai rien de plus Roanne, j’espère juste que vous avez conscience de l’importance de vos actes.

— On peut dire cela. J’ai fait ce que j’ai cru juste, avec les moyens que j’avais à ma disposition, rien de plus. Il est maintenant temps pour moi de passer à autre chose.

— Je ne crois pas que ce soit aussi simple. Quelque soit la façon dont vous vous y êtes prise, ne pas en parler est un choix que je n’approuve pas mais je ne peux vous contraindre. Par contre, penser que tout est terminé, ce serait aller un peu vite. Vous avez endossé un rôle Roanne de Niwerand. Vous êtes devenue une sorte de gardienne et vous devrez rester vigilante. Si d’autres créatures réapparaissent, je serai le premier à demander votre contribution pour les abattre. On ne peut se permettre de laisser des monstres d’une autre époque s’éveiller et courir librement sur nos terres. »

Je ne réponds pas, bien que je me doute qu’il attend une réaction de ma part. Je me demande s’il souhaitait la fermeture de l’accroc, ce qu’il laisse entendre avec sa dernière tirade, ou si au contraire la réussite de mon intervention le gêne. Je ne sais pas ce qu’il désirait vraiment, au fond, et son discours n’a peut-être qu’un objectif : me mettre en confiance pour me faire parler. Je dois me sortir de ce mauvais pas, écourter cette conversation. Je suis alors tirée de l’embarras par l’apparition de Paulin. Il souhaite le bonjour au Chancelier, qui ne se montre pas surpris de le rencontrer là. D’Etressange joue à la perfection son rôle d’homme à la recherche d’une référence très particulière. Nous répondons à sa demande puis nous le laissons s’en aller. Je me laisse enfin aller à soupirer de soulagement et je remercie Paulin d’être arrivé à point nommé. Il me dévisage alors, l’air troublé :

« Je ne suis pas certain que ce soit un hasard… J’ai cru t’entendre m’appeler avec de l’urgence dans le ton, sauf que ce n’était pas ta voix, plutôt autre chose.

— Notre Talent ?

— J’ai l’impression. »

Nous n’ajoutons rien, digérant cette nouvelle donne. Dans tous les cas, alors que je quitte l’Université pour me rendre à la Garde Royale, je me demande si Oedun n’aurait pas un don de double vue : il avait raison, D’Etressange en sait beaucoup et je n’ai pas tant de secrets pour lui. Je me dois de ne pas entrer dans son jeu : il est trop perspicace et manipulateur pour moi, qui ne suis pas de taille face à un tel adversaire. J’en suis écœurée d’avance car je sens que cela va refroidir l’ambiance, mais je dois en parler avec Arthus. Il me faut aussi partager ce que je viens d’apprendre au sujet de Paulin.

Je retrouve mon amant à l’écurie, nous préparons nos chevaux puis partons ensemble sans inviter personne d’autre. Notre discussion est plutôt légère et j’attends que nous soyons arrivés sur une plage isolée du lac pour lui raconter la dernière visite du Chancelier. Il ravale une froide colère pour me laisser lui détailler cette rencontre mais les injures qu’il profère à la fin me laissent pantoise. Je dois vraiment avoir une expression déconfite car il s’adoucit et me prend les mains :

« Désolé, mais ses manières m’agacent. J’espère qu’il va cesser de te tomber dessus de cette façon. Tu te sens comment, pas trop perturbée ?

— Un peu quand même, mais ça va. On se met à l’eau ?

— Tout de suite ! »

Nous vérifions une dernière fois que nos montures sont correctement attachées puis nous marchons jusqu’au bord de l’eau. Nous nous déshabillons en ne conservant que le minimum sur nous pour ne pas être gênés. À ma grande surprise, la température est douce est je parviens à m’immerger sans trop de difficultés. Avec patience, Arthus me fait pratiquer les mouvements que j’avais appris mais que je n’ai pas eu l’occasion de répéter depuis plus de trois mois. Il m’aide, m’encourage, me prenant les mains pour m’aider à me concentrer sur les brasses que je tente de faire avec mes jambes.

Tout en riant sous ses gentilles moqueries, j’ai l’impression d’oublier les soucis que j’ai pu avoir ces derniers jours. Je me sens bien et j’en profite pour faire quelques tentatives maladroites, sachant qu’il est toujours présent pour me repêcher en cas de besoin. Pourtant je m’aperçois que nous nous sommes bien éloignés de la plage. Surprise, je tente de me redresser et je manque de m’enfoncer dans l’eau tête comprise. Je m’agrippe aussitôt à Arthus, paniquée.

« Je n’ai plus pied !

— Je sais…

— Tu l’as fait exprès ?

— Un peu. Je voudrais que tu comprennes que ce que tu es capable de faire là où tu as pied, tu peux le faire ici. »

Avec un air horrifié, je m’apprête à lui dire tout le bien que je pense de sa méthode lorsqu’il me serre un peu plus contre lui :

« Écoute, j’ai pied pour ma part, si tu as besoin tu peux t’accrocher à moi, soit certaine que je ne suis pas contre. Je te promets de ne pas m’en plaindre. »

Je ne peux pas m’empêcher de rire.

« Tu en as fait exprès, tu savais très bien que j’aurais peur !

— J’aime bien quand tu te réfugies dans mes bras…

— Quand même, tu abuses un peu, depuis quelques temps on ne peut pas dire que je sois distante.

— C’est vrai mais c’est un peu différent. Ça faisait longtemps que j’avais envie de te faire découvrir à quel point il est agréable de se baigner de cette façon là. »

Il commence à me caresser, à m’embrasser et je réagis en me collant encore plus à lui. Puis il murmure :

« Je crois qu’il me faut la preuve que tu as besoin de moi, même juste un peu… Tu es tellement indépendante. »

Surprise je m’écarte de lui, juste assez pour pouvoir le regarder dans les yeux sans le lâcher. Je le traite d’idiot, il n’a pas besoin de risquer de me noyer pour vérifier la sincérité de mon attachement. Je suis avec lui parce que j’en ai envie, n’est-ce pas plus important ? Au moins, ce n’est pas par intérêt. Nous nous embrassons et je me serre plus que jamais contre lui. Après quelques minutes à jouer dans l’eau nous sortons, impatients de rejoindre Aleenor. Je profite de notre retour pour lui faire part de l’invitation d’Oedun et de ce que j’ai découvert au sujet de Paulin.

 

6ème jour du neuvième mois

 

Je ne vais pas mentir, ce premier jour de repos où je me réveille en compagnie d’Arthus, chez lui, me plonge dans un état fébrile. Quelque part, j’apprécie à sa juste valeur ce moment où nous émergeons de notre nuit, reposés, sans avoir aucune obligation qui nous attende. Nous pouvons prendre notre temps, aucun repas « en commun » ne nous oblige à nous préparer à la va-vite. Pourtant, ce calme après des semaines à courir me paraît presque anormal. Je commence à comprendre qu’il me faut retrouver un rythme de vie plus humain, plus serein et je ressens la crainte de ne pas être capable de m’adapter à celui de mon amant. J’ai soudain conscience que je dois apprendre à vivre avec lui alors que je n’ai finalement qu’une seule expérience dans le domaine et qu’elle a été catastrophique. Pire, j’ai vécu seule si longtemps par la suite que j’ai besoin de conserver de l’espace pour moi. Dans la douce protection de ses bras, je lui fais part de mes craintes, un peu confuse de l’ennuyer avec de tels doutes le matin de bonne heure.

Je suis cependant prise au dépourvu, de nouveau, par le tact dont il fait preuve. Il m’avoue même qu’il partage une partie de mes inquiétudes. Nous devons apprendre à cohabiter, à gérer le quotidien et laisser s’installer une forme de routine sans en avoir peur. Il n’est pas difficile d’admettre qu’après avoir mis six mois à nous trouver, il nous en faudra au moins autant pour trouver nos repères.

suite

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Publié dans : Dans les pas de Roanne - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve - Recommander
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