Présentation et sommaire

Les Plumes Sauvages ont trouvé un nouveau nid depuis le 30 mars 2009.
Ce site a initialement été créé le 21 octobre 2005.
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Pour marcher "Dans les pas de Roanne", c'est par là !
Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22 "Ces choix qui n'en sont pas"


   


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Samedi 31 mars 2007
Dans les pas de Roanne - Chapitre 15 "Droit vers l'est" - partie 6 - Tous droits réservés -


23ème jour du cinquième mois

Nous avons mis les chevaux au pas, pour quitter Aleenor par la porte nord, à l’opposé de celle qui représente à mes yeux la liberté, les baignades et les déjeuners sur la plage. Nous allons doucement pour laisser nos montures s’échauffer, nous avons tout notre temps. Il nous faudra huit jours pour parvenir à destination, ce qui représente une belle chevauchée. Je n’aurais pas aimé parcourir une telle distance à pied. À vol d’oiseau, ce n’est pas vraiment plus loin que la Ville Forte du Haut, dans le comté de Karas, mais il nous faut contourner le lac avant de reprendre droit vers le nord-est.
J’ignore si je me montre plus tendue que je ne souhaite l’admettre, mais Artiste est nerveux. Cela m’inquiète de le voir s’agiter et se fatiguer inutilement, j’espère qu’il se sentira mieux lorsque nous aurons trotté un peu. Pour l’instant, nous sommes botte à botte avec Viviane. Nous n’éprouvons pas le besoin de parler. Elle est restée chez Ghislain cette nuit, et nous avons très peu dormi. Belvis est dans le même état, ce qui nous a valu à tous les trois un regard exaspéré de la part d’Arthus. Il n’a cependant rien dit, se doutant que nous avions besoin de nous lâcher avant de partir. Il est vrai que pour ma part, je serai sérieuse dans les semaines qui viendront, je ne tiens pas à prendre le moindre risque. J’ai donc un peu abusé cette nuit, soutenant Viviane dans son objectif de finir une bouteille fort goûteuse. Nous avons à peine laissé Belvis y tremper les lèvres, alors que Ghislain est venu en renfort bien à propos. Le pauvre, je n’ose imaginer le mal de tête qu’il va traîner toute la journée !
J’avais le moral au fond des chausses hier soir. Dire au revoir à Alhia et à mon frère était une chose. Savoir que ce dernier, complice, emmenait Niña en sécurité avant son propre départ en était une autre. Quitter de nouveau la Danthienne m’a semblé comme une déchirure, je me suis agrippée à sa pierre pour ne rien laisser paraître, mais je me suis sentie vraiment très mal. Heureusement, il a été facile de mettre cela sur le compte du surmenage, vu la semaine que nous avons passée.
Enfin, nous demandons aux chevaux de passer au trot. Artiste ne peut s’empêcher de faire des siennes, mais je le reprends vivement avant qu’il ne tente un saut de mouton. J’aimerais bien qu’il évite de se faire remarquer, pour une fois. Pendant une bonne partie de la journée, nous longeons le lac, et je ne peux m’empêcher d’admirer les jeux de lumières sur ses sombres eaux grises. Viviane a affirmé que c’était signe de mauvais temps. Pourvu qu’elle se trompe !

24ème jour du cinquième mois

La Gardienne ne s’est malheureusement pas trompée, ce matin nous sommes partis sous la pluie, poussés par des bourrasques de vent. Dès que nous arrivons à notre deuxième étape, nous prenons soin de sécher les chevaux et de vérifier soigneusement notre matériel. Ensuite, nous nous précipitons pour nous laver et nous changer.
Nous passons une soirée chaleureuse avec Arthus et Belvis. Ce dernier ne sait pas s’il restera finalement dans notre équipe. Il est tenté de rejoindre celle dans laquelle Oedun s’est intégré : la chevauchée qu’ils ont réalisée ensemble depuis Niwerand a créé des liens. En attendant de faire son choix, Belvis nous accompagne car il connaît la famille d’Arthus et souhaite prendre le temps de leur rendre une visite.
L’organisation a été décidée ainsi : deux équipes partent directement sur le massif forestier, plus au sud. Elles prépareront la battue, remontant vers le nord avec des chasseurs. Nous sommes censés, au contraire, suivre l’Aberration pour la rabattre, avec les autres équipes. Ces dernières nous rejoindront à Montay, deux jours après notre arrivée. Nous laisserons leurs chevaux se reposer une ou deux journées, puis nous repartirons. Si rien n’est modifié entre temps, il s’agira des groupes de mon frère et d’Oedun. Paulin a clairement fait savoir qu’il préfère remonter par le sud, car il manque d’expérience, alors que le poète n’a, semble-t-il, pas ce complexe. De plus, il me l’a bien dit, il est venu en grande partie pour me suivre, donc il préfère rester à proximité de ma personne. Je me demande ce que cache cet intérêt, j’espère donc pouvoir discuter avec lui avant que les équipes ne se séparent de nouveau.
Avant que nous ne rejoignions nos lits, Viviane nous arrache un sourire lorsqu’elle remarque, tout en baillant à se décrocher la mâchoire :
« Quand je pense qu’il y a juste une semaine, j’étais habillée en grande tenue pour parader ! »

25ème jour du cinquième mois

Le temps se calme déjà, et nous chevauchons plus sereinement. Je ne vais pas m’en plaindre, cela nous permet de prendre le temps de discuter lorsque nous sommes au pas. Artiste s’est enfin détendu, je peux lui laisser les rênes longues sans qu’il se sente aussitôt perdu. J’apprécie à sa juste valeur la dernière journée de cette semaine pleine de rebondissements.
Je n’ose pas en parler à mes compagnons de voyage, mais notre destination me laisse perplexe. Je suis persuadée d’avoir déjà entendu ce nom quelque part.
Demain, nous allons bientôt quitter les abords du lac, pour prendre la grande route pavée qui part vers l’est. Notre hébergement, ce soir, se trouve à proximité d’une plage. Nous en profitons pour aller piquer une tête, je barbotte plus que je nage, mais au moins je ne coule plus à pic.

27ème jour du cinquième mois

Cela m’est revenu ! La cavalière d’Arthus s’était présentée sous le nom de Camille de Montay. Elle est certainement native du même endroit que lui, j’imagine. Cela peut paraître puéril, mais je n’ose pas demander directement au Garde : j’ignore comment il pourrait prendre cette soudaine marque d’intérêt pour la femme qui l’accompagnait à la soirée royale. Je cède tout de même à ma curiosité, je ne peux m’empêcher de questionner discrètement Belvis à ce sujet.
Je demande tout simplement au jeune officier le lien entre Camille et le lieu où nous nous rendons. Il a l’air sincèrement surpris de la question, et réfléchit quelques instants avant de me répondre.
« Je pensais qu’Arthus t’en avait parlé. Ce serait beaucoup plus simple que ce soit lui qui t’explique, en fait. Camille et lui sont tous les deux de Montay, en effet. Mais ils sont aussi tous les deux des Montay.
— Je ne suis pas certaine de saisir cette dernière subtilité.
— Leur famille a donné son nom à la place forte et au bourg situé en dessous. »
Je commence tout doucement à comprendre. Je ne peux que me traiter d’idiote, cela me prouve une fois de plus à quel point je connais mal le Garde. J’aurais dû faire plus attention, car en réalité j’ai déjà entendu le patronyme d’Arthus. La première fois à Karas, mais la discussion qui a suivi m’a empêché d’y repenser : il s’agit de ce jour maudit où il m’a fait comprendre qu’il n’y avait pas de place pour moi dans sa vie. La deuxième fois de sa propre bouche, quand il s’est présenté devant le Conseil des Sages. Cela m’avait aussi échappé, il y a eu tellement d’échanges ce jour-là. À aucun moment je n’ai songé que Camille et Arthus pouvaient être de la même famille. Ce que Belvis me confirme : ils sont cousins, par leurs pères, ce qui leur a permis de porter le même nom.
Cette révélation sur la famille d’Arthus a au moins un mérite : elle me plonge dans une profonde réflexion. Au moins, on ne pourra pas m’accuser d’avoir été trop bavarde pour cette cinquième journée de voyage.

28ème jour du cinquième mois

La jument de Viviane a eu un souci avec un fer peu avant le déjeuner. Heureusement, nous avons trouvé un forgeron compétent, et le sabot est intact. Nous avons rattrapé notre retard en galopant à un bon train une partie de l’après-midi, ce qui je l’avoue nous a tous fait du bien.
Ce soir, nous profitons de la douceur du temps à la terrasse de l’auberge qui nous abrite. Nous discutons de choses et d’autres, puis je décide de me coucher de bonne heure. Mes cauchemars ne me laissent pas toujours de répit, malgré la fatigue de la chevauchée. Je ne sais donc jamais si je vais passer une nuit suffisamment reposante. Dans le doute, je prends les devants.

30ème jour du cinquième mois

Je commence à accuser la fatigue, mais personne ne me fait la moindre remarque. Je discute juste avec Arthus, comme chaque matin, afin de l’informer de mes divagations nocturnes. Cette nuit, par chance, j’ai dormi d’un sommeil sans rêves, je n’ai donc aucun détail à lui reporter. Cela n’a pas été le cas la veille, j’ai été prise d’une bonne intuition en allant me coucher tôt.
Belvis et Viviane sont partis en avant, botte à botte, discutant d’un sujet sur lequel ils ne sont visiblement pas du même avis, vu les piques qu’ils se lancent. Je ne peux m’empêcher de sourire en voyant le jeune Garde si détendu, oublieux de ses déboires sentimentaux encore récents. J’en fais part à Arthus :
« J’ai l’impression que rien ne valait un séjour à bonne distance d’Aleenor pour remonter le moral de Belvis.
— Une mission de terrain va l’obliger à se concentrer sur autre chose que sa rupture. Et vous le secouez bien, Viv et toi, ça lui fait un bien fou.
— Dois-je comprendre que nous avons ton aval pour continuer notre traitement de choc ?
— Ça ressemble plutôt à un traitement de charme, si tu veux mon avis !
— Tu n’es pas jaloux quand même ? »
Vu le regard que me lance alors Arthus, je me dit que j’aurais mieux fait de me taire, encore une fois. Je fais celle qui n’a rien remarqué, poursuivant :
« Tu penses que nous arriverons ce soir ?
— Nous avons bien avancé, nous serons à destination en début d’après-midi. Tu étais déjà montée te coucher hier quand nous en avons parlé : si nous ne faisons pas de pause ce midi, nous déjeunerons directement dans la salle de mes parents.
— Tu n’es pas trop impatient ?
— Si, bien sûr ! Tu imagines, ça fait presque un an que je n’ai pas vu mes neveux, j’espère que le plus jeune se souvient encore un peu de moi.
—  S’il part en courant et en hurlant, tu seras fixé ! »
Arthus éclate de rire et je me joins à lui sans me forcer.

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