Présentation et sommaire

Les Plumes Sauvages ont trouvé un nouveau nid depuis le 30 mars 2009.
Ce site a initialement été créé le 21 octobre 2005.
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Pour marcher "Dans les pas de Roanne", c'est par là !
Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22 "Ces choix qui n'en sont pas"


   


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Dimanche 15 avril 2007
Dans les pas de Roanne - Chapitre 15 "Droit vers l'est" - Partie 7 - Tous droits réservés -


30ème jour du cinquième mois

Nous avons fait une courte pause afin de laisser les chevaux boire, puis nous avons forcé le train. Les animaux commencent à suer, et je dois avouer qu’ils ne sont pas les seuls. Il fait chaud et sec, l’été prend le pas sur le printemps. J’ai l’impression de souffrir davantage que mes compagnons de ce climat, car je n’y suis pas encore habituée. Ma contrée d’origine est nettement plus tempérée à la belle saison. Arthus me prévient que chez lui, le temps peut changer extrêmement vite, passant d’une chaleur épouvantable à des orages violents, à la suite desquels la température chute brutalement.

Tout ce que je trouve à répondre, c’est que j’espère que nous n’aurons pas à subir un de ces orages pendant la traque. Malheureusement, il semble que ce temps lunatique soit de saison : il faudra improviser en conséquence. Pour le moment, je n’ai pas à m’inquiéter, le soleil resplendit et nous finissons notre chevauchée au pas. Belvis fait des remarques sur certains détails du paysage, il connaît de toute évidence l’endroit. Arthus lui répond, ils engagent ainsi une conversation que nous ne pouvons qu’écouter attentivement, Viviane et moi. Nous ne faisons pas partie des initiés.

Nous notons cependant une mise en garde d’Arthus qui nous fait lever des sourcils surpris. Il nous prévient que sa mère peut être assez spéciale, et qu’elle aime tester les gens qu’on lui présente. Selon lui, nous n’y échapperons certainement pas, il nous prie de ne pas nous laisser impressionner par ses manières.

« Ma mère porte de lourdes responsabilités, elle peut sembler froide, mais c’est surtout une personne forte qui ne peut se permettre de faire des erreurs. Ne soyez pas trop promptes à la juger. Qu’elle que soit la façon dont elle vous accueille, essayez de rester correctes. Mais n’hésitez pas pour autant à lui répondre, c’est ce qu’elle attendra de vous. »

Je frémis en me demandant qu’elle genre de femme peut se cacher au bout du chemin. Je me souviens qu’Arthus avait murmuré que Dame Clothilde lui rappelait sa mère. Je me demande à quel niveau, peut-être possède-t-elle ce même mélange d’intelligence et de sévérité ?

La route sur laquelle nous avançons est en bon état, correctement entretenue. Elle longe une large rivière, puis s’en détache légèrement, commençant à s’incliner. De profonds fossés bordent la voie, j’en déduis qu’ils ont pour rôle d’empêcher les fortes pluies orageuse de l’éroder. Ces dernières doivent être impressionnantes. Je jette un œil vers la rivière, des arbres couvrent ses berges et une forêt s’étend de l’autre côté. Elle doit offrir une agréable fraîcheur. Je m’aperçois alors que nous suivons le cours d’eau : il forme un méandre, et Montay est situé à l’intérieur. Nous parvenons aux premières habitations. Un peu plus haut, se dresse une véritable place forte. C’est impressionnant, je regarde les lieux avec étonnement. J’échange un coup d’œil avec Viviane, elle partage visiblement mes sentiments. Les deux hommes, passés devant nous, se dirigent vers le château sans aucune hésitation.

Une fois dans la place, nous mettons pied à terre, et des palefreniers se précipitent pour nous accueillir. Mais je me fige en voyant un énorme dogue dépasser les soigneurs et se précipiter vers nous. Par réflexe, j’ai un violent geste de recul, effrayant par la même occasion mon alezan. Mon mouvement de recul ne passe pas inaperçu : mes compagnons me jettent un regard surpris. Le mâtin fonce sur Arthus, qui a juste le temps de lui crier :

« Harma ! Halte ! »

L’animal s’arrête aussitôt, dérapant dans son élan, puis se rapproche du Garde plus doucement, se colle à lui, la queue effectuant des moulinets joyeux qui fouettent l’air. Il a du mal à garder son calme.

« Allons ma fille, tout doux ! Moi aussi je suis content de te revoir ! Allez va ! »

Aussitôt la chienne repart, elle renifle Belvis, qui lui donne quelques claques amicales sur les flancs, puis se dirige vers Viviane et moi. Très courageuse, je me cache derrière la jeune femme. Du coup, sentant le malaise, Arthus rappelle le mâtin. Belvis me demande, de la moquerie plein la voix :

« Roanne, ne me dis pas que tu as peur des chiens ?

— Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi il n’y en avait pas derrière le comptoir des Trois-Dragons ? Alors que presque toutes les auberges ont un chien de garde ? »

Je sens que je vais encore être la risée de tout le monde car j’ai ma voix trahit franchement ma nervosité. Ça fait des années que ma crainte des chiens me poursuit. Jusqu’ici, j’ai réussi à la cacher aux Gardes et Gardiennes que je fréquente, mais là c’est fichu. Le sang me monte aux joues de honte, il n’y a rien à faire, la présence du mâtin me rend excessivement fébrile. Belvis et Viviane n’ont pas pu s’empêcher d’éclater de rire devant ma confusion. Arthus empêche la bête de bouger, la tenant par son large collier de cuir, et ne retient pas davantage un rictus moqueur.

Ils finissent par retrouver leur sérieux, pendant que je fais mine de m’occuper de mon hongre. Visiblement nous étions attendus, l’un des palefreniers annonce à Arthus qu’il doit se rendre immédiatement auprès de Madame de Montay, dans son bureau. Le Garde se tourne vers nous :

« Je pars en avant, Belvis vous guidera. »

Il fait aussitôt demi-tour, sans s’attarder davantage, emmenant heureusement l’énorme chienne avec lui. Je dévisage Belvis, m’apprêtant à le questionner, mais je suis devancée par Viviane, qui heureusement ne revient pas sur ce qui vient de se passer :

« La mère d’Arthus n’a pas l’air très commode.

— La première fois que je l’ai vue, j’ai eu l’impression d’être face à un dragon. Si elle a quelqu’un dans le nez, elle ne l’a pas ailleurs. Mais à côté de ça, c’est une personne vraiment remarquable. Enfin, vous verrez. »

J’échange un dernier regard avec Viviane, pour une fois elle n’a pas l’air plus rassurée que moi. Nous prenons nos affaires pour suivre Belvis, de toute évidence le personnel de l’écurie prendra soin des chevaux. Une fois à l’intérieur du château, je profite du trajet pour essayer de me familiariser avec les lieux. Je retrouve la même impression de disproportion qu’à Karas ou dans le palais royal. Nous croisons plusieurs personnes qui s’activent, assurant l’entretien des lieux. Enfin nous entrons dans une pièce, en passant une lourde porte de bois restée ouverte. À droite d’une immense cheminée, Arthus se tient debout, les mains dans le dos. Il discute avec une femme aux yeux d’un bleu profond, les cheveux châtain clair à peine piqués de blanc. Elle est assise dans un fauteuil, la chienne Harma couchée à ses pieds. De l’autre côté de la cheminée, un bureau et une bibliothèque meublent les lieux. Si la mère d’Arthus est un dragon, c’est visiblement ici son antre, l’endroit dans lequel elle aime travailler et mener ses affaires. Il y a une touche féminine subtile dans la pièce, mais la décoration reste d’une grande sobriété, si l’on excepte de gigantesques bouquets de fleurs fraîches.

Madame de Montay se lève en nous voyant arriver, et je suis doublement surprise. Elle est bien plus jeune que je ne l’avais imaginé, je suis persuadée qu’elle a moins de soixante ans. J’imagine qu’elle a eu ses enfants tôt. Je me demande vaguement ce qu’il en est de Monsieur de Montay, mais je ne m’attarde pas sur cette question afin d’observer davantage la mère d’Arthus. Elle est presque aussi grande que son fils, ce qui lui donne immédiatement une incroyable présence. Elle commence par saluer Belvis avec chaleur :

« Belvis de Bas-Valay, cela faisait longtemps !

— Isabelle, je crois que cela remonte à un an ou deux.

— En effet. Je te laisse t’installer, tu connais les lieux. Je t’ai fait préparer la même chambre que d’habitude. La chambre voisine est prête à accueillir ta jeune collègue. »

Viviane se présente, elle est saluée d’un signe de tête courtois. Belvis remercie Madame de Montay et je note que tout en l’appelant par son prénom, il la vouvoie. Il fait demi-tour, entraînant Viviane dans son sillage. Le regard de la mère d’Arthus me glisse alors dessus, et je me sens gagner par la chair de poule. Je sais maintenant de qui ce dernier tient la sévérité qu’il lui arrive de montrer.

« Roanne, je suppose ? »

J’acquiesce et la salue avec autant de politesse et de retenue que possible.

— Arty, peux-tu t’assurer que sa chambre est apprêtée ? J’ai demandé que lui soit confié l’appartement bleu. »

J’avoue que pendant un bref instant, je suis à deux doigts d’éclater de rire. Depuis quelques minutes, j’ai l’impression de ne pas être à ma place, d’assister à des échanges auxquels je suis étrangère, et entendre cette maîtresse femme utiliser cet adorable surnom me paraît totalement déplacé. Je déchante cependant rapidement, car je me retrouve en un instant seule face à elle, avec l’intuition que c’était son désir. Elle a délibérément écarté Arthus. Nous nous mesurons du regard, et je me demande quelle épreuve elle va me faire passer pour décider si oui ou non je mérite son respect. Je tente d’oublier la présence du mâtin, pendant que Madame de Montay s’intéresse à mon bourg d’origine, me demandant si ma famille ne me manque pas trop. Elle a donc entendu parler de moi. Je lui réponds simplement, presque détendue quand elle décoche la suite.

« J’ai une question à laquelle j’aimerais avoir une réponse sincère, afin de ne pas partir sur de mauvaises bases. Quelles sont exactement vos relations avec mon fils ? »

Je ne m’attendais pas à une demande pareille. Je suis littéralement partagée entre une folle envie de rire et une froide colère. Comment ose-t-elle se montrer si indiscrète ? Bon sang ! Heureusement que j’ai été prévenue, mais je ne m’attendais pas à une requête si personnelle. Elle aurait aussi bien pu me demander depuis combien de temps je couche avec Arthus, cela revient exactement au même. Si ce n’est que la formulation est plus correcte. Pour ne pas partir sur de mauvaises bases ? La belle excuse ! Je prends une inspiration, consciente que je ne dois pas m’énerver, ni manquer de respect :

« Je ne suis pas la maîtresse d’Arthus, si c’est ce qui vous inquiète, Madame. »

Elle n’en reste pas là, me dévisageant toujours, et j’ai bien du mal à ne pas ciller.

« C’est étrange, la façon dont il m’a parlé de vous m’aurait donc induite en erreur. »

Je hausse un sourcil surpris et me retiens à grand peine de lui demander ce qu’il lui a dit de moi. En tout cas, elle vient de dévoiler le fond de sa pensée. Décidée à ne pas me laisser faire, je prends encore une fois le temps de formuler ma réponse, me forçant à conserver une voix chaleureuse, presque moqueuse :

« En toute franchise, si cela n’avait tenu qu’à moi, cela ne m’aurait guère déplu de coucher avec lui. Mais rassurez-vous, votre fils n’est pas un idiot. Il ne va pas se compromettre avec la première serveuse venue. »

Ma résolution de garder mon sang-froid a fondu comme neige au soleil. Je serre les dents en me demandant comment prendre congé sans m’humilier davantage. Je pense cependant que ma répartie a le mérite d’être juste, sans compromettre Arthus. Et je dois avouer que je n’ai fait qu’émettre la vérité. Finalement, je me suis plutôt bien débrouillée. C’est aussi ce que semble penser cette étrange femme, car elle m’offre un léger sourire. Il est cependant trop énigmatique pour que je puisse tirer la moindre conclusion sur ce qu’elle pense de moi.

C’est finalement le principal intéressé qui nous interrompt. Je décide de ne rien laisser paraître. Sa mère en fait autant, ce qui me permet de quitter son bureau comme si de rien n’était. J’ai cependant le cœur qui cogne follement dans ma poitrine. J’ai la sensation d’avoir subi une véritable agression. Quelque part, c’est comme si j’avais le mot « garce » gravé sur le front. Je préfère ne rien dire à Arthus, car je serais bien ennuyée s’il fallait que je lui rapporte la nature de l’échange. De plus, je ne voudrais pas jeter un froid : s’il demande une explication à sa mère, cela me rendra encore moins crédible car j’aurais l’air d’une enfant qui rapporte. Nous restons à Montay quatre jours au plus, d’ici là je me ferai discrète et j’éviterai tout tête à tête avec la Dame des lieux.

 


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